Des déchets de crevettes pour concevoir un pansement innovant contre les brûlures
Chaque année, des millions de personnes souffrent de brûlures nécessitant des soins spécialisés, dont l’accès reste parfois limité, notamment dans les pays à ressources contraintes. Face à cet enjeu de santé publique, ChitoPatch ambitionne de concevoir une solution innovante, performante et accessible, tout en valorisant une ressource locale encore largement sous-exploitée : les coproduits issus de la transformation des crevettes.
Une bioressource au service de la santé
Les carapaces de crevettes constituent une source abondante de chitine, un biopolymère naturel pouvant être transformé en chitosane. Reconnue pour ses propriétés biocompatibles, antimicrobiennes, biodégradables et cicatrisantes, cette molécule représente un candidat particulièrement prometteur pour la conception de biomatériaux destinés à la médecine régénérative.
L’objectif de ChitoPatch est de développer un pansement nouvelle génération capable de favoriser la réparation des tissus tout en limitant les risques d’infection. Pour améliorer les performances du chitosane, les chercheurs associeront des agents de réticulation biosourcés à des technologies de bio-impression 3D, permettant de fabriquer des pansements personnalisés et adaptés à la morphologie des lésions. Les matériaux développés feront ensuite l’objet d’évaluations biologiques et précliniques afin de démontrer leur sécurité et leur efficacité.
« Avec ChitoPatch, nous souhaitons mettre les avancées en science des matériaux au service d’un besoin médical de terrain. L’objectif est de développer un pansement innovant, durable et accessible, capable d’améliorer la prise en charge des brûlures tout en s’appuyant sur des ressources locales abondantes mais sous-exploitées. », explique Jérémy Odent, chercheur au sein du Service des Matériaux Polymères et Composites de l’UMONS.
Une collaboration scientifique qui s’inscrit dans la durée
ChitoPatch s’inscrit dans le prolongement du projet PRD AQUA’MAR, également soutenu par l’Académie de Recherche et d’Enseignement Supérieur (ARES). Ce premier projet a permis aux équipes de l’UMONS et de l’Université Cadi Ayyad (UCA) de développer une expertise commune autour de la valorisation durable de la chitine. Les connaissances acquises sur l’extraction, la purification et la transformation de cette bioressource ouvrent aujourd’hui de nouvelles perspectives dans le domaine des biomatériaux destinés à la santé.
« Les recherches menées dans le cadre du projet AQUA’MAR nous ont permis d’acquérir les connaissances nécessaires pour envisager aujourd’hui une application biomédicale à forte valeur ajoutée. Cette continuité montre qu’une même bioressource peut répondre à des enjeux très différents, de l’économie circulaire à la médecine régénérative. Elle rappelle aussi le rôle du soutien de l’ARES dans la durée : permettre à des équipes de consolider leur collaboration et de faire évoluer progressivement leurs résultats vers de nouvelles applications », souligne le Dr Samira Benali, chercheuse au Service des Matériaux Polymères et Composites de l’UMONS.
Préparer les futures applications cliniques
Comme tout projet AMORCE soutenu par l’ARES, ChitoPatch a pour vocation de franchir une nouvelle étape dans le développement de cette technologie.
En associant dès le lancement du projet le CHU Mohammed VI et le Centre de Médecine Régénérative de Marrakech, le consortium réunit des expertises complémentaires en science des matériaux, médecine régénérative et recherche clinique. Les travaux permettront de consolider les bases scientifiques et précliniques indispensables avant d’envisager, à terme, des essais cliniques, une production adaptée aux besoins locaux et une intégration progressive de ces biomatériaux innovants dans les pratiques hospitalières.