Comment la famille aide-t-elle l’enfant à faire face aux difficultés ? Une thèse de l’UMONS a exploré les mécanismes de la résilience
La résilience d’un enfant ne dépend pas uniquement de ses ressources personnelles ou de celles de ses parents pris séparément. La manière dont les membres de la famille interagissent, se coordonnent et s’adaptent ensemble face au stress joue également un rôle important. C’est cette dimension que Michel Sfeir a étudié au cours de sa thèse menée au sein du Distress Lab dans le Service de Psychologie clinique de l’UMONS.
Comprendre la résilience à l’échelle de toute la famille
À travers plusieurs études, Michel Sfeir s’est intéressé à la manière dont l’enfant s’attache à ses parents, à la synchronie des interactions entre la mère, le père et l’enfant, ainsi qu’à la capacité de la famille à fonctionner et à s’adapter ensemble. Ses résultats montrent que la capacité d’un enfant à faire face aux difficultés est également associée à la qualité des relations et des dynamiques familiales dans lesquelles il évolue.
« L’un des principaux apports de ma recherche est d’avoir déplacé le regard de l’individu vers la famille comme système. La résilience d’un enfant ne se comprend pas uniquement à travers ses ressources personnelles ou de celles de chacun de ses parents : elle se construit aussi dans la manière dont les membres de la famille interagissent, se coordonnent et s’adaptent ensemble face au stress », explique Michel Sfeir.
Pour observer ces mécanismes, des familles composées d’une mère, d’un père et de leur enfant ont notamment réalisé ensemble des tâches plus ou moins stressantes. Leurs interactions, filmées, ont été analysées afin d’étudier leur synchronie, leur coordination et leur capacité d’adaptation. Ces observations ont été complétées par des mesures de l’activité cardiaque, des questionnaires psychologiques et des méthodes statistiques avancées, avec également le recours au machine learning dans l’une des études. La thèse a été financée par une bourse Excellence of Science (EOS) du FNRS (Fonds de la Recherche Scientifique) et du FWO (Fonds Wetenschappelijk Onderzoek).
Mieux comprendre les familles pour mieux les accompagner
Ces recherches doivent maintenant se poursuivre, notamment en suivant les familles dans le temps et en intégrant davantage les dimensions physiologiques à l’étude de leurs interactions. L’objectif sera aussi de mieux comprendre comment ces dynamiques évoluent selon les situations de stress rencontrées au cours du développement de l’enfant.
À plus long terme, les résultats pourraient contribuer au développement d’outils de prévention et d’interventions qui ne ciblent plus uniquement l’enfant ou un parent, mais prennent davantage en compte la famille et ses interactions dans leur ensemble. Une approche qui permettrait de considérer les vulnérabilités, mais aussi les ressources sur lesquelles les familles peuvent s’appuyer pour favoriser l’adaptation et le bien-être de l’enfant.
Michel Sfeir a réalisé cette thèse, intitulée « Unfolding Attachment in Triadic Families: An Integrative Framework of Synchrony and Internal Working Models As Pathway To Resilience », sous la direction des Professeures Sarah Galdiolo et Mandy Rossignol.