D’un labo de l’UMONS à Boston : le pari audacieux d’Isalyne Drewek
Depuis ses années de master en chimie à la Faculté des Sciences de l’UMONS, Isalyne Drewek suit un fil rouge : comprendre comment de simples molécules peuvent interagir avec le vivant. En fin de cursus, elle choisit l’option chimie bio-inspirée, attirée par cette zone de rencontre entre chimie et biologie.
Sa thèse, réalisée dans le laboratoire de Sophie Laurent (Service de Chimie générale, organique et biomédicale), sous la tutelle de Dimitri Stanicki et en co-promotion Ruddy Wattiez, grâce à une bourse FRIA du FNRS, marque un véritable tournant. Son projet portait sur un phénomène de floculation bactérienne induite par de petites molécules dérivées du benzimidazole. Concrètement, la floculation bactérienne correspond à l’agrégation de bactéries en amas visibles, un peu comme si des cellules microscopiques se regroupaient en « flocons ». Ce processus peut modifier profondément leur comportement et leurs interactions.
« Le tournant décisif de mon parcours s’est produit durant ma thèse, de manière assez inattendue », explique-t-elle. Ses travaux ont permis de mettre en évidence un mécanisme original : l’auto-assemblage de ces molécules en fibres supramoléculaires nanométriques, directement responsables de cette agrégation bactérienne.
« Cette découverte m’a amenée à m’intéresser plus largement à la chimie supramoléculaire et aux nanotechnologies, ainsi qu’à leur potentiel dans divers domaines, notamment dans le secteur de la santé ».
Au fil de ses recherches, elle développe un profil résolument multidisciplinaire, combinant chimie organique, microbiologie, physico-chimie et, plus récemment, protéomique.
Cap sur Boston : cibler le cancer avec des nanostructures intelligentes
Ce cheminement la conduira dans les prochains mois à Brandeis University, au sein du laboratoire du Professeur Bing Xu, une opportunité rendue possible par l’obtention de la bourse de la Belgian American Educational Foundation (BAEF). Pionnier de la technologie enzyme-instructed self-assembly (EISA), Bing Xu a développé une approche où de petites molécules s’assemblent en nanostructures uniquement dans l’environnement tumoral, sous l’action d’enzymes spécifiques.
« J’ai été immédiatement fascinée par cette approche », confie Isalyne Drewek, qu’elle a découverte lors d’une conférence en Guadeloupe. Son projet à Boston visera à développer des systèmes peptidiques capables de s’auto-assembler sélectivement dans l’environnement tumoral afin d’induire la mort des cellules cancéreuses.
L’objectif est ambitieux : concevoir un agent “dual-targeting” ciblant à la fois le cancer de la prostate et les métastases osseuses, particulièrement fréquentes et associées à une morbidité élevée.
« À long terme, j’espère que mes recherches contribueront au développement de nouvelles stratégies thérapeutiques plus efficaces et mieux ciblées, permettant de traiter certains cancers et leurs métastases tout en réduisant les effets secondaires », souligne-t-elle.
Plus qu’un départ à l’étranger, cette étape à Boston s’inscrit dans une trajectoire scientifique patiemment construite, guidée par la curiosité et la rigueur. « Il est important de rester curieux et de ne pas avoir peur d’explorer de nouveaux domaines », confie-t-elle. Une conviction forgée à l’UMONS et qu’elle emportera avec elle aux États-Unis, avec l’ambition de faire dialoguer durablement recherche fondamentale et applications en santé.