Microfinance en zone de conflit : comment la recherche éclaire la résilience économique au Kivu
La microfinance repose sur des services financiers simples (microcrédits, épargne, parfois assurance) destinés à des populations exclues du système bancaire classique. Dans des contextes stables, ces outils contribuent à sécuriser les revenus et à faire face aux imprévus. Mais en zone de conflit armé, leur fonctionnement est profondément fragilisé. Retraits massifs de l’épargne, difficultés de remboursement, perte de contact avec les clients déplacés : les institutions de microfinance (IMF) sont confrontées à des tensions extrêmes.
La région du Kivu, en République démocratique du Congo, illustre ces défis à grande échelle. Marquée par une instabilité persistante et des millions de personnes déplacées, elle concentre à la fois des besoins humanitaires majeurs et une activité de microfinance toujours bien présente. C’est ce paradoxe, fragilité du contexte et persistance des institutions, qui est au cœur d’un projet de recherche conjoint mené par l’UMONS et l’Université Catholique de Bukavu.
Un projet de recherche ancré dans le terrain
L’objectif du projet ? Évaluer le rôle de la microfinance dans les zones de conflit armé et analyser la manière dont les IMF peuvent anticiper et gérer les effets de la guerre. Trois axes structurent la recherche : l’adaptation des pratiques des employés d’IMF en contexte d’insécurité, l’identification des services financiers les plus pertinents pour les populations en crise et le rôle des organisations humanitaires dans le soutien aux IMF.
Pour y répondre, l’équipe s’appuie sur des enquêtes qualitatives et quantitatives, des entretiens et des focus groups menés au Nord et au Sud-Kivu par les chercheurs de l’Université Catholique de Bukavu, en étroite collaboration avec l’UMONS.
« Notre projet doit permettre de proposer des recommandations aux institutions de microfinance en termes de stratégies de gestion des crises et d’adaptation des produits financiers aux besoins des clients en période de conflits », explique Cécile Godfroid, chercheuse à l’UMONS et coordinatrice du projet.
L’expertise de l’UMONS au service de l’utilité sociétale
Cette recherche s’appuie sur une expertise reconnue en microfinance développée à l’UMONS, notamment au sein du service Management et étude des organisations et du Centre de Recherche en Microfinance (CERMi). Les travaux antérieurs menés dans ce cadre, dont des recherches sur les crises en microfinance, constituent un socle scientifique solide pour analyser les effets spécifiques des conflits armés sur les institutions financières de proximité.
« Les contextes de conflits armés mettent à l’épreuve les fondements mêmes de la microfinance. Les analyser du point de vue des institutions, et pas uniquement des bénéficiaires, est essentiel pour comprendre comment renforcer durablement leur résilience et celle des populations qu’elles soutiennent », souligne Marc Labie, chef du service Management et étude des organisations à l’UMONS.
Au-delà de la production académique, le projet vise des retombées concrètes pour les acteurs de terrain : IMF, organisations humanitaires et partenaires locaux. En combinant analyse scientifique et réalités opérationnelles, il entend éclairer les décisions futures et contribuer à renforcer la résilience économique des populations touchées par la guerre.
Ce projet s’inscrit dans le cadre d’un projet d’amorce et de valorisation soutenu par l’ARES, en lien avec les programmes MOOVE et HES4SD, et mené en coordination avec l’Université Catholique de Bukavu (République démocratique du Congo).