À l’UMONS, deux chercheurs primés éclairent les mécanismes du risque en psychologie légale
À l’UMONS, la psychologie légale explore un champ délicat : celui de l’évaluation du risque de récidive chez les auteurs d’infractions à caractère sexuel (AICS). Dans ce contexte, l’Institut de recherche en Sciences et Management des Risques met en lumière des travaux qui relient santé mentale et gestion des risques.
Deux chercheurs du Service de Psychopathologie Légale ont récemment été récompensés : le Dr Luca Tiberi pour sa thèse de doctorat et Florian Cornez pour son mémoire de master. Leurs recherches, distinctes, interrogent un même processus central : la reconnaissance des émotions, clé de l’adaptation sociale et de la régulation des comportements.
Luca Tiberi : une approche « multicanaux » inédite
Luca Tiberi a étudié la manière dont des patients AICS internés reconnaissent les émotions à travers trois canaux : le visage, la voix (prosodie) et le corps. Là où les études antérieures se concentraient essentiellement sur des visages statiques et des populations carcérales, il a adopté une approche multicanaux intégrant des stimuli dynamiques, plus proches de situations réelles, et validés internationalement.
Ses analyses, fondées notamment sur la théorie de la détection du signal et les temps de réaction, révèlent un déficit de reconnaissance des émotions discrètes, à l’exception du dégoût perçu via la prosodie affective.
« Nos études ont mis en évidence un déficit de reconnaissance des émotions discrètes, sauf pour le dégoût perçu au travers de la prosodie affective. Cela suggère des mécanismes d’adaptation liés au vécu social de ces patients », explique Luca Tiberi, chercheur au sein du service de Psychopathologie légale
Ce prix s’ajoute à une distinction précédente décernée par l’Association for the Treatment and Prevention of Sexual Abuse (ATSA). Luca a vient également de décrocher le Dissertation Award (3e place) de l’American Psychology – Law Society. Il souhaite désormais prolonger ses travaux en étudiant l’influence de certains diagnostics cliniques, dont le trouble pédophilique, sur la reconnaissance de stimuli d’enfants.
Florian Cornez : relier reconnaissance émotionnelle et récidive
Âgé de 23 ans, diplômé d’un master en sciences psychologiques à l’UMONS, Florian Cornez a été récompensé pour un travail portant sur le lien entre reconnaissance des expressions faciales émotionnelles et évaluation actuarielle du risque de récidive (sexuelle, violente et générale) chez 40 AICS internés en psychiatrie légale.
Son étude s’est déroulée en deux temps : administration de tâches informatisées de reconnaissance émotionnelle, puis cotation de 200 échelles de risque à l’aide d’un guide d’évaluation transversale. Des analyses corrélationnelles et régressives ont permis d’examiner les liens entre ces variables.
« Lorsque j’ai reçu ce prix, ma première réaction fut une grande satisfaction associée à une reconnaissance du travail et de l’investissement effectués pendant ces deux années de master », confie-t-il.
Ce prix constitue pour lui une double opportunité : valoriser ses recherches et préparer un projet de thèse qui sera soumis au FNRS en ce mois de février 2026.
Deux distinctions qui soulignent l’importance d’une approche scientifique rigoureuse pour mieux comprendre les facteurs socio-affectifs liés au risque de récidive. Une dynamique appelée à se poursuivre, notamment à travers les futurs travaux doctoraux en cours à l’UMONS.