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Quand les mouches jouent avec la lumière : la science derrière leurs couleurs étonnantes

Publié le 6 janvier 2026
Rédigé par Damiano Di Stazio
Bleu métallique, vert chatoyant… Certaines mouches arborent des couleurs spectaculaires qui intriguent depuis longtemps les scientifiques. Une nouvelle étude internationale, co-signée par un chercheur de l’UMONS, dévoile les mécanismes physiques à l’origine de ces reflets iridescents, des couleurs qui varient selon l’angle de vue et l’éclairage, sans être dues à des pigments. Une plongée au cœur de la photonique naturelle.

Dans le monde du vivant, toutes les couleurs ne proviennent pas de pigments chimiques. Chez de nombreux insectes, certaines teintes résultent de structures physiques extrêmement fines, organisées à l’échelle du nanomètre. Ces architectures microscopiques interagissent avec la lumière et produisent des reflets changeants selon l’angle d’observation. Ce phénomène est au cœur de la photonique naturelle, un domaine de recherche qui explore la manière dont les organismes vivants manipulent la lumière. Comprendre ces mécanismes permet non seulement d’expliquer des phénomènes visuels fascinants, mais aussi d’envisager des applications inspirées du vivant.

Des mouches sous le microscope

Une équipe internationale de chercheurs, dont Sébastien Mouchet, chercheur FNRS au sein du Service des Matériaux Micro et Nanophotoniques de l’UMONS, a récemment publié une étude dans le Journal of the European Optical Society – Rapid Publications. Elle porte sur deux espèces de mouches de la famille des Calliphoridae : Calliphora vicina, la mouche bleue de la viande, et Lucilia richardsi.

« Il s’agit de l’étude de couleurs iridescentes chez deux espèces de mouches », explique Sébastien Mouchet. Grâce à une approche combinant microscopie électronique, spectroscopie optique et modélisation numérique, les chercheurs ont mis en évidence des structures multicouches périodiques, de l’ordre de quelques centaines de nanomètres. Ce sont ces empilements qui produisent les reflets bleus et verts caractéristiques observés sur le corps des insectes.

Des couleurs qui influencent les interactions

Les résultats montrent également que ces couleurs structurelles sont particulièrement visibles pour les congénères et pour certains prédateurs. Elles pourraient ainsi jouer un rôle dans la communication entre individus, notamment pour la reconnaissance des partenaires, tout en influençant les interactions prédateur-proie en modifiant la détectabilité des mouches dans leur environnement.

« Mon ambition est de mieux comprendre comment la nature parvient à fabriquer les structures photoniques que j’étudie », souligne Sébastien Mouchet.

Cette recherche, menée en collaboration avec les universités de Mons, Namur, Exeter, l’ENS de Lyon et l’Université Claude Bernard Lyon 1, et soutenue par le F.R.S.-FNRS et Wallonie-Bruxelles International, enrichit notre compréhension du vivant.

Elle ouvre aussi des perspectives pour concevoir, à terme, des matériaux inspirés de la nature, plus durables et plus efficaces.

Lien vers la publication scientifique.