Alzheimer : à l’UMONS, une expertise de longue date mise en lumière par un financement record
La maladie d’Alzheimer est une pathologie neurodégénérative progressive, caractérisée notamment par une perte de mémoire, des altérations du langage et, à terme, une diminution de l’autonomie. À ce jour, il n’existe pas de traitement curatif. Les approches thérapeutiques disponibles visent essentiellement à ralentir l’évolution des symptômes. Dans ce contexte, la recherche s’oriente vers trois priorités : comprendre les mécanismes précoces, détecter plus tôt la maladie et développer des stratégies de prévention.
À l’UMONS, la recherche sur la maladie d’Alzheimer ne date pas d’hier. Le service de Neurosciences dirigé par Laurence Ris, étudie depuis plus de 15 ans les mécanismes moléculaires de la maladie dans des modèles précliniques, en collaboration avec la KULeuven et l’UCLouvain. Aujourd’hui, les travaux du laboratoire explorent les mécanismes précoces de la maladie. L’alimentation fait partie des pistes étudiées, notamment à travers l’analyse d’un régime cétogénique dans des modèles précliniques. Ce projet de recherche a également été soutenu par le FNRS au travers d’un mandat d’Aspirant octroyé à Antonin Morancé.
« Nous savons déjà que certaines populations sont plus vulnérables, notamment les femmes et les personnes porteuses du gène ApoE4. Notre objectif est de comprendre si des stratégies nutritionnelles peuvent influencer l’évolution de la maladie avant même l’apparition des symptômes », explique Laurence Ris.
Plus récemment, Jeanne Migeotte, doctorante au sein du service de Neurosciences, a obtenu une bourse du Fonds Alice Copette, géré par la Fondation Roi Baudouin. Avec sa promotrice Aurore Colomar, elle se penche sur les effets potentiellement protecteurs du synaptamide, un composé produit par le cerveau à partir des oméga-3 afin d’identifier de nouvelles cibles thérapeutiques.
Au sein du service de Chimie générale, organique et biomédicale dirigé par Sophie Laurent, Carmen Burtea cible l’inflammation cérébrale et le rôle de l’enzyme cPLA2-IVA, impliquée dans les processus délétères observés chez les patients. Son équipe avait déjà été soutenue en 2011 par la Fondation Stop Alzheimer pour un projet mené avec le Pr. Robert Muller consacré au développement d’un agent de contraste à ciblage moléculaire pour le diagnostic par IRM. Après plusieurs soumissions autour du ciblage et de la modulation de la cPLA2 (2015, 2016, 2024), un nouveau financement a été obtenu en 2025, à la suite de résultats publiés.
Détecter plus tôt grâce aux données et à l’intelligence artificielle
Au-delà des mécanismes biologiques, un autre enjeu s’impose : celui du diagnostic précoce. Parmi ces initiatives, le projet EEGAL, porté par Fabian Lecron et auquel contribue également Pauline Delmotte dans le cadre de sa thèse de doctorat, explore l’analyse des signaux électriques cérébraux (EEG) à l’aide de techniques d’apprentissage automatique afin de développer un outil de dépistage plus précoce de la maladie.
Ce travail s’inscrit dans une dynamique plus large, notamment à travers le programme AI4Brain (FEDER 2021-2027, portefeuille MedResyst), qui mobilise plusieurs chercheurs de l’UMONS, dont Laurence Ris et Saïd Mahmoudi, autour de l’intégration d’outils d’analyse et de modélisation numérique dans le parcours de soins.
Ces développements bénéficient d’une collaboration clinique notamment avec le réseau hospitalier hainuyer (dont les CHU HELORA et EpiCura), en collaboration notamment avec le Dr Vito Tota, afin que les données et les outils étudiés puissent être évalués dans un cadre hospitalier.
Quand la recherche rencontre le quotidien
Comprendre la maladie est une première étape indispensable. Et il est également nécessaire d’accompagner ceux qui vivent avec elle, que ce soit la famille ou le personnel soignant spécialisé.
Depuis de nombreuses années, le service de Psychologie cognitive et Neuropsychologie dirigé par Laurent Lefebvre travaille sur deux axes : d’une part, en collaboration avec Isabelle Simoes Loureiro, il cherche à détecter les difficultés cognitives aux stades très précoces de la maladie via des outils d’évaluation cognitive. D’autre part, l’équipe de Laurent Lefebvre essaie de réduire les troubles du comportement aux stades modéré et sévère en améliorant la communication entre la personne et son entourage. Avec Sandra Invernizzi notamment, son équipe développe un outil basé sur l’analyse du langage spontané et l’intelligence artificielle afin de caractériser les compétences toujours efficientes chez les patients les plus en difficulté.
« Même en phase avancée de la maladie, certaines capacités subsistent, qui se traduisent dans le langage. Trop souvent, on pense qu’à un certain stade, les patients ont perdu toutes leurs facultés, ce qui est faux », souligne Laurent Lefebvre.
L’ambition est simple : identifier les ressources cognitives et émotionnelles encore actives, pour ajuster la communication et favoriser la communication entre patients et proches.
Complémentairement, Isabelle Simoes Loureiro et Laurent Lefebvre avaient déjà obtenu en 2022 un financement de la Fondation Stop Alzheimer pour un projet consacré à la mémoire sémantique, c’est-à-dire aux connaissances et au sens des mots. Cette recherche avait pour but de comparer différentes approches thérapeutiques afin d’identifier les stratégies les plus efficaces pour préserver le langage et ralentir son déclin.
Une expertise qui s’inscrit dans la durée
À l’UMONS, la recherche sur Alzheimer s’appuie sur un travail engagé de longue date. Le financement récent vient renforcer cette dynamique, déjà structurée autour de la prévention, du diagnostic précoce et de l’accompagnement des patients.