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Réforme européenne des pesticides : l’UMONS et 26 institutions de recherche alertent sur les risques pour la santé et la biodiversité

Publié le 24 juin 2026
Rédigé par Christophe Morel
Des scientifiques issus de 27 institutions de recherche européennes mettent en garde contre les conséquences potentielles du projet de réforme de la législation européenne sur les pesticides. Dans un article publié dans la revue Science, ils estiment que plusieurs mesures envisagées par la Commission européenne pourraient affaiblir les mécanismes de protection de la santé humaine et de l’environnement. Des chercheurs du laboratoire de Zoologie de l’UMONS figurent parmi les signataires de cette prise de position.

La Commission européenne a récemment présenté son « Food and Feed Safety Simplification Package », un ensemble de mesures visant à simplifier certaines procédures réglementaires et à réduire la charge administrative au sein de l’Union européenne.

Dans un article publié dans la rubrique Policy Forum de la prestigieuse revue Science, des chercheurs issus de 27 institutions européennes soulignent toutefois que cette réforme pourrait affaiblir plusieurs garde-fous essentiels dans le processus d’autorisation des pesticides.

Les auteurs pointent notamment la suppression envisagée des réévaluations périodiques des substances actives. Aujourd’hui, ces substances sont généralement autorisées pour une période de dix ans avant de faire l’objet d’un nouvel examen scientifique. La réforme prévoirait, dans la plupart des cas, des autorisations sans limite de durée.

Selon les chercheurs, cette évolution réduirait la capacité des autorités à intégrer les nouvelles connaissances scientifiques et à détecter d’éventuels risques pour la biodiversité ou la santé humaine. Ils soulignent également qu’elle inverserait en partie la charge de la preuve, qui incomberait davantage aux autorités qu’aux fabricants.

Une expertise reconnue de l’UMONS en écotoxicologie

Parmi les signataires de l’article figurent quatre chercheurs du laboratoire de Zoologie de l’UMONS. Denis Michez, chef de service du laboratoire, coordonne notamment le projet européen WildPosh, financé par le programme Horizon Europe.

Ce projet vise à caractériser l’exposition des pollinisateurs sauvages aux pesticides ainsi que leurs effets sur ces espèces essentielles au fonctionnement des écosystèmes. Il a également pour objectif de formuler des recommandations destinées à améliorer les pratiques et les réglementations européennes.

Les chercheurs de l’UMONS apportent à cette publication leur expertise en écotoxicologie. Leurs travaux contribuent à mettre en évidence les insuffisances actuelles dans l’évaluation des risques environnementaux liés aux polluants, et en particulier aux pesticides.

« La proposition de la commission européenne va à l’encontre des recommandations des scientifiques en matière de pesticides, souligne Denis Michez. Là où nous avons besoin d’évaluation ambitieuses sur un large nombre d’espèces représentatives de la biodiversité, et ce sur le long terme et sur les effets cocktails, la commission propose de simplifier la mise sur le marché, et le maintien sur le marché des pesticides. Non seulement cela va à l’encontre des objectifs de protections de la biodiversité que la commission s’est elle-même fixée, mais cela aura probablement des conséquences néfastes sur la santé humaine avec potentiellement des produits nocifs qui restent plus longtemps sur le marché », ajoute-t-il.

Des pistes pour concilier efficacité et protection de l’environnement

Les chercheurs ne se limitent pas à critiquer la réforme. Dans leur article, ils proposent plusieurs mesures permettant d’améliorer l’efficacité du système d’évaluation tout en maintenant un haut niveau de protection de l’environnement et de la santé.

Ils recommandent notamment de renforcer les moyens consacrés à l’examen des demandes d’autorisation, d’harmoniser les critères d’évaluation au niveau européen, de rendre publiques les études réglementaires et de mieux exploiter les données de terrain afin d’identifier plus rapidement les risques potentiels après la mise sur le marché des produits.

Selon les auteurs, ces mesures permettraient de rendre le système européen d’autorisation des pesticides plus transparent, plus efficace et davantage fondé sur les connaissances scientifiques, sans remettre en cause le principe de précaution ni les objectifs européens de protection de la biodiversité.

Référence scientifique: Wintermantel D. et al., EU Omnibus proposal increases pesticide risks, Science, DOI : 10.1126/science.aeg8744.

Article disponible en ligne via ce lien : EU Omnibus proposal increases pesticide risks | Science

 

Crédit photo : Göran Holmström

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