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Conférences/Colloques

Des journalistes exilés ont témoigné auprès des étudiant.e.s de l’ESHS

Publié le 12 décembre 2022
Rédigé par Amélie Honorez
Le jeudi 17 novembre, l’ESHS, l’association En-GAJE et le club de la presse Hainaut-Mons ont inauguré l’exposition Journalistes en exil. Au programme : une exposition de portraits de journalistes du bout du monde, un vernissage mais aussi et surtout de riches échanges entre trois journalistes exilés et étudiant.e.s.

Joséphine-Jones, Emmanuel et Fatimetou viennent de loin. Et pourtant, ces trois journalistes sont là, devant les étudiant.e.s de 2ème année en option information – communication et de 3ème année de Bachelier en Sciences Humaines et Sociales. L’auditoire, presque plein, s’apprête à écouter les récits de vie de ces femmes et de cet homme qui ont tout quitté en raison des menaces qui pesaient sur eux dans leur pays. Le Burundi pour Joséphine-Jones Nkunzimana, le Cameroun pour Emmanuel Nlend-Nlend et la Mauritanie pour Fatimetou Sow. Ce qui les réunit, c’est l’exil, la fuite, l’exercice du journalisme menacé et des vies bouleversées. Mais c’est aussi l’association En-GAJE (Ensemble Groupe d’Aide aux Journalistes Exilés asbl), structure d’accueil, de rencontres et de reconnaissances pour les travailleurs et travailleuses des médias étrangers réfugiés en Belgique du fait de leur profession.

Pour donner à voir leur réalité, Julien Crète, journaliste montois et vice-président du Club de la presse Hainaut-Mons, a animé la rencontre-discussion. Aux étudiant.e.s, il annonce :

des personnes extraordinaires vont nous partager une partie de leur réalité ici, de leur vie, là-bas et nous dire ce qu’était d’être journaliste ailleurs.

Le prix de la liberté d’informer

Joséphine-Jones, Emmanuel et Fatimetou, dans leur pays, tentaient d’exercer leur métier de journaliste malgré les pressions et les menaces dont ils faisaient l’objet. Tous les trois, dans leur pratique, avaient pour habitude de dénoncer des situations : politiques pour les uns, humaines pour d’autres comme les mariages forcés ou l’esclavage.

Ma grande gueule n’a pas plu aux dirigeants, confie Emmanuel.

Joséphine, quant à elle, ajoute :

J’ai commencé à avoir des menaces parce que je continuais à dénoncer. Il fallait que je me taise, il fallait que je n’écrive plus rien. Ils m’ont juste donné ma lettre qui disait à partir d’aujourd’hui, tu ne travailles plus pour nous.

En effet, récolter des informations, les recouper, les vérifier ne se fait pas partout avec la même la liberté et certains en payent le prix, comme Fatimetou l’explique :

J’ai été arrêtée par la police mauritanienne, j’ai été au cachot. J’ai été en garde à vue et le lendemain, on m’a demandé de quitter le pays.

Pourtant, Joséphine-Jones, Emmanuel et Fatimetou restent habités par la passion du journalisme, Emmanuel parle même d’amour pour le journalisme, et de cette conviction et de cette envie de dénoncer qui les a menés à l’exil. “Quand on me demande comment j’ai pu survivre, je me pose aussi la question parce que c’était très difficile” confie-t-il.

Inévitablement, les trois journalistes ont partagé avec les étudiant.e.s venu.e.s les écouter, leur vie privée, ont ouvert les coulisses de leurs histoires levant le voile sur les enfants restés au pays, sur les familles plus vues depuis plusieurs années, sur la crainte aussi parfois qu’il leur arrive aussi quelque chose ici ou sur les marques de torture qui restent sur les corps.

En-GAJE : le dénominateur commun

Joséphine-Jones, Emmanuel et Fatimetou ont plus d’un point commun. Le journalisme, la défense de la liberté d’expression et l’exil, mais aussi l’association En-GAJE. Créée en 2018 à Bruxelles par quelques journalistes et représentants d’institutions (FIJ, CIRE, ULB, LDH, HCR, AJP, VVJ, FEJ), En-GAJE vient en aide aux journalistes qui n’ont pas eu d’autre choix que de quitter leur pays en raison des menaces qui pesaient sur eux et de la torture et de la maltraitance dont ils ont été victimes : plus de septante. L’association définit son objet social comme l’aide aux travailleurs des médias en exil et le soutien à la liberté d’informer. C’est ainsi qu’elle souhaite créer du lien entre journalistes, mais tente aussi de les mettre en relation avec des médias belges. Et pour que les voix de ces journalistes puissent toujours se faire entendre, un web média collaboratif a vu le jour en mars 2022.

Des journalistes exilés alimentent Latitudes tout comme des étudiant.e.s de l’ULB et de la VUB sur des questions telles que les droits humains, la liberté d’informer ou toute thématique en lien avec la question médiatique. Plus de 70 travailleurs des médias sont passés par En-GAJE depuis sa création.

Cet engagement humain et ce soutien aux travailleurs des médias ont d’ailleurs été récompensés puisque l’association a reçu en mars 2022 le Prix pour la Démocratie et les Droits de l’Homme, du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Une expérience pédagogique

Les étudiant.e.s de l’ESHS qui ont pris part à cette rencontre-discussion ont donc avant tout vécu une véritable expérience humaine mais aussi pédagogique. C’est en effet dans le cadre des cours dispensés par Manon Libert, professeure en information et communication et Présidente de l’ESHS, que cette organisation a vu le jour. A travers des cours tels qu’Analyse critique des médias, les étudiant.e.s de 3ème année sont invité.e.s à porter un regard critique sur le monde médiatique et à en découvrir ses réalités parfois pas si faciles à décrypter. Quant aux étudiant.e.s de 2ème, c’est en réalisant leur premier reportage sur ce vernissage et cette rencontre-discussion, qu’ils.elles ont pu s’essayer à la pratique du journalisme.

L’exposition aura été visible durant trois semaines au sein du bâtiment Rosa Parks, à l’étage de l’Ecole des Sciences Humaines et Sociales. L’occasion pour étudiants, enseignants, visiteurs occasionnels ou membres du personnel, de la découvrir.

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