Divagations animales : cartographier des mondes par Louise DANHAIVE
Soutenance de Thèse de Madame Louise DANHAIVE
Résumé :
Les plans et les cartographies modernes effacent les mondes des vivants humains et non-humains des territoires. Loin d’être anecdotique, cet effacement constitue la condition de possibilité du quadrillage et de la planification : il fait exister, sur la carte, l’espace homogène et simplifié nécessaire aux projets d’architecture et d’urbanisme. Pourtant, nos espaces de vies sont loin d’être vides : à même ceux-ci se tissent des mondes végétaux et animaux. Cette recherche s’intéresse précisément aux manières de repenser les cartes de façon à rendre visible les mondes animaux qui se déploient dans nos milieux de vie. Elle repose sur deux enquêtes de terrain : l’une consacrée aux renards roux habitant un quartier bruxellois, l’autre à un troupeau de brebis en libre parcours dans un hameau corse.
La thèse est construite autour de deux grandes parties. Il s’agit, dans la première, d’étudier les spécificités des mondes animaux. Pour ce faire, nous nous appuyons notamment sur l’approche du biologiste Jakob von Uexküll qui remet en question l’idée d’un monde unique qui serait partagé par tous les vivants pour montrer comment chaque espèce construit son propre monde – son umwelt – (von Uexküll, J., 2010) dans des environnements communs. Nous mobilisons également les travaux de Vinciane Despret, d’Anna Tsing et de Donna Haraway pour penser les relations situées et les histoires enchevêtrées entre espèces compagnes (Haraway D., 2021).
Il s’agit, dans la seconde partie, d’interroger et d’expérimenter, par la fabrication de cartes, des alternatives à la cartographie moderne. Nous nous attachons à un aspect des cartes souvent laissé de côté : leur matérialité. Nous nous intéressons en particulier au textile en raison, d’une part, de sa plasticité et, d’autre part, de sa tactilité. En nous appuyant sur les matérialités propres à des techniques comme le tissage, la broderie et le feutrage, l’enjeu est, à partir des enquêtes menées sur les renards et les brebis, de développer des cartes tactiles qui visent moins à représenter les mondes animaux qu’à les « faire sentir ». Nous cherchons, avec ces cartes, à activer d’autres régimes de perception des mondes animaux permettant de les appréhender.
En somme, l’ambition de cette recherche est de donner vie, à même les cartes que nous fabriquons, aux histoires sur les bêtes et « d’honorer » les manières d’habiter des animaux (Despret V., 2019 : 41).
Jury :
- Damien Darcis : Promoteur, Chargé de cours Université de Mons
- David Jamar : Président, Chargé de cours Université de Mons
- Maud Haglestein : Secrétaire, Professeure Associée Université de Liège, Maitre de recherche FNRS
- Etienne Holoffe : Membre, Professeur Université de Mons
- Thibault de Meyer : Membre, Chargé de cours Université de Namur
- Elsa Maury : Membre, Docteure en Art et sciences de l’art, réalisatrice
Lieu : Salle du Bélian – Rue d’Havré, 88 à 7000 MONS. La défense sera suivie d’un drink.
7000 Mons, Belgium