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Agathe ZGORECKI, diplômée de la Faculté d’Architecture et d’Urbanisme, est récompensée par le Prix CONTI pour son travail de fin d’études

Publié le 16 avril 2026
Rédigé par FA+U
Le Prix CONTI récompense le travail d’étudiants présentant une contribution pédagogique, sociale, environnementale ou humanitaire de grande qualité.

A la suite d’une présentation qui s’est déroulée en mars dernier devant le jury de la Commission des Affaires Académiques, Agathe a été récompensée, lors de la Journée des Enseignant du 15 avril 2026, par le Prix CONTI pour son travail de fin d’études intitulé : « Le défi social de l’architecte : l’architecture éthique en action avec et pour les plus fragiles. Etude de cas au cœur des bidonvilles de la commune de Corbeil-Essonnes, en Région Île-de-France »

Résumé :

Depuis la première révolution industrielle, le monde connaît une croissance exponentielle de la population mondiale, entraînant une urbanisation rapide et souvent incontrôlée. Cette dynamique urbaine dépasse, dans de nombreux cas, les capacités des États à l’encadrer efficacement, tant sur le plan administratif que structurel. En effet, les pouvoirs publics peinent à anticiper ces évolutions et à fournir des infrastructures adaptées aux besoins croissants des populations urbaines. C’est dans ce contexte que se développent massivement des formes d’habitat informel, également appelées bidonvilles. Ces installations précaires résultent en grande partie de flux migratoires internes aux continents, motivés par la nécessité de fuir des situations de guerre, de famine, de persécution ou tout simplement des conditions de vie devenues invivables. Ces mouvements de population convergent majoritairement vers les grandes métropoles, perçues comme des pôles d’opportunité et d’espoir d’une vie meilleure. Aujourd’hui, la situation est telle que l’Organisation des Nations Unies (ONU) « estime que plus d’un milliard d’individus, à travers le monde, vivent dans environ 200 000 bidonvilles. » (Daubeuf, MARCHAL, BESOZZI, 2017) Contrairement aux idées reçues, ce phénomène ne concerne pas uniquement les mégapoles des pays en développement. Comme le souligne Mike Davis dans son ouvrage « Le pire des mondes possibles », les bidonvilles touchent également les villes d’Europe. La France en fait partie, l’habitat informel y existe depuis près d’un siècle. Aujourd’hui, ces lieux sont majoritairement habités par des populations immigrées, notamment originaires d’Europe de l’Est. Cependant, à l’approche des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024, la visibilité de ces espaces précaires a suscité une médiatisation accrue, entraînant un durcissement des politiques de résorption des bidonvilles et une volonté manifeste d’invisibilisation de ces populations en marge, comme le souligne Julien DAMON : « le retour des bidonvilles et des campements illégaux en France suscite inquiétude, voire alarmisme, sur fond de « crise des migrants ». Pour certains, les bidonvilles doivent être éradiqués comme des foyers d’insalubrité et de criminalité. Pour d’autres, ils constituent un laboratoire de la ville durable, à la fois piétonne, écologique, participative et recyclable. Et si les bidonvilles, au lieu de renvoyer uniquement à un passé effrayant, inventaient aussi des solutions pour l’avenir ? » (Julien DAMON,2017) Dans ce travail de recherche, nous nous attacherons à analyser les contextes multiples dans lesquels émergent les bidonvilles. Nous tenterons de comprendre les mécanismes de leur développement ainsi que les modes de vie qui s’y organisent, en marge des systèmes urbains tels que nous les connaissons. L’objectif de cette étude est de déconstruire les préjugés tenaces entourant ces populations marginalisées. Il s’agit de les rendre visibles dans le débat public, de leur redonner une voix et une place dans le paysage urbain, trop souvent niée ou effacée. Ce travail vise également à interroger le rôle traditionnel de l’architecte et urbaniste, en proposant une redéfinition de ses missions face à ces réalités complexes. En mettant en lumière ces territoires oubliés de la ville, cette recherche a pour but de démontrer qu’ils ne sont pas de simples anomalies urbaines, mais qu’ils incarnent l’un des défis majeurs de l’urbanisme et de la gouvernance contemporaine. Ces espaces, situés en marge des normes réglementaires et des cadres institutionnels classiques, nous obligent à repenser nos outils d’analyse, nos méthodes de projet, et plus largement notre conception même de la ville. En outre, participer à une réflexion critique sur les pratiques architecturales et urbanistiques actuelles, en les confrontant à l’urgence sociale, humaine et politique que représentent les bidonvilles aujourd’hui. »

Agathe nous fait part de son ressenti : « Avoir été sélectionnée parmi les deux finalistes a d’abord représenté une opportunité, celle de défendre, devant des figures majeures de l’UMONS, une vision profondément sociale du rôle de l’architecte. C’était pour moi l’occasion de rappeler que notre métier ne se limite pas à concevoir des espaces, mais qu’il implique aussi une responsabilité envers les populations précaires vivant en marge de la ville. 

Remporter ce prix marque aujourd’hui l’aboutissement de mon travail de fin d’étude et de mon engagement sur le terrain. Mais au-delà de la reconnaissance académique, j’espère qu’il contribuera à questionner notre engagement social en tant qu’architectes, ainsi que la place des enjeux sociaux contemporains au sein de notre formation universitaire.

Sur le plan personnel, cette distinction représente bien plus qu’un accomplissement, elle agit comme un véritable moteur pour la suite de mon parcours. Elle me donne l’élan nécessaire pour poursuivre ce chemin engagé.

Dans cette continuité, j’ai fait le choix de reverser une partie de la somme reçue à l’association ACINA, sans laquelle ce travail de recherche au cœur des bidonvilles n’aurait pu voir le jour. Le reste sera investi pour réaliser la formation des Architectes de l’Urgence, afin de prolonger concrètement ma démarche et mon engagement.

Recevoir ce prix est pour moi une manière de transformer une reconnaissance académique en levier d’action, au service de celles et ceux vivant au sein d’habitats informels. »

Ce travail a été réalisé sous la promotion de Fabrice Sobczak et Loïc Vilain.

La Faculté d’Architecture et d’Urbanisme est doublement fière d’Agathe, d’une part pour son parcours académique et pour son implication dans l’élaboration de son Travail de fin d’études et d’autre part par son engagement citoyen et professionnel envers les populations défavorisées.

Nous lui souhaitons une bonne continuation dans son parcours de jeune diplômée en Architecture !👏👏👏

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